Un pic, un cap, une péninsule

Ce circuit en Norvège se déroule dans la sauvage et captivante péninsule de Nordkinn (Nordkyn), située à l’est du célèbre et désormais quelque peu touristique cap Nord. Prendre la route dans cette région vous donnera très rapidement l’impression d’être sur une autre planète tant les espaces sont vastes, tant la nature semble plus grave. De Mehamn à Gamvik, deux villages de pêcheurs aux destins bien différents, on serpentera en équilibre le long de la côte déchirée, on restera bouche bée face à la toundra immense et on dévorera les points de vue sur la mer de Barents.

Mehamn, dynamique cité de la péninsule de Nordkinn

En arrivant à Mehamn après avoir passé autant de temps sur la route au beau milieu de nulle part, on ne s’attend pas à trouver autant de magasins et de services à une telle latitude. 71 degrés nord, quand même ! 800 âmes vivent toujours sur place, la plupart orientées vers la mer et la pêche. Un hôtel, une auberge, un aéroport et un port facilitent grandement la vie quotidienne des habitants. Aussi, en plus d’être connue et reconnue pour son festival culturel Nordkynfestivalen qui allie musique, gastronomie, expositions et marchés, Mehamn profite en outre du passage fréquent des navires Hurtigruten qui font escale dans le coin. Comme souvent ici, la rescousse vient donc de la mer, pas de la terre !

Gamvik, le village oublié

Cependant, en continuant quelques kilomètres en direction de l’est, la dynamique semble toutefois différente. La petite voisine Gamvik a plus de mal à faire face aux changements qui influencent la vie de la péninsule. Déclin de la pêche, déclin de l’agriculture, il n’est pas facile de vivre ici au début du XXIe siècle. Malgré ses 12 usines de poissons ouvertes au siècle dernier, Gamvik n’a jamais dépassé les 650 habitants. La tendance est clairement à la baisse de nos jours.

Incendiée 3 fois par les Allemands dans les années 1940, le village porte en plus une histoire très lourde. Un petit musée municipal traite du sujet, entre sorcellerie, chasse à la baleine et Seconde Guerre mondiale.

Gamvik est aussi intéressante pour les amoureux d’archéologie. Les spécialistes ont trouvé des traces dont les plus anciennes datent de 5 000-8 000 ans av. J.-C., témoignant au passage des rencontres passées entre Norvégiens, Sames et Russes.

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Des paysages lunaires et désolés © Léon Fuchs

Le phare le plus septentrional d'Europe

Toujours plus loin, à peut-être 2 ou 3 kilomètres de Gamvik, on arrive à un phare de 39 mètres de haut. C’est le phare le plus septentrional sur le continent européen. Construit entre 1903 et 1905, abîmé pendant la guerre, reconstruit entre 1946 et 1948, il est aujourd’hui prolongé d’un petit café ouvert en été. Les plus courageux peuvent même y rejoindre les bras de Morphée quand la place est libre.

Les environs, eux, sont peuplés d’oiseaux rares et nombreux. On trouve une centaine d’espèces différentes dans la réserve. Il est naturellement passionnant de les observer.

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Slettnes fyr, le phare le plus au nord du continent européen © Léon Fuchs

Les stigmates de la Seconde Guerre mondiale

Au final, pour confirmer une fois de plus l’influence tragique du passage des hommes sur cette nature majestueuse, on peut aussi contempler à quelques centaines de mètres de là une ancienne forteresse allemande en ruine.

La péninsule est ainsi faite de nombreuses surprises, entre histoire et nature, entre l’homme et son environnement. Les visiteurs ayant fait le choix de visiter cette région plutôt que celle du cap Nord apprendront peut-être un dernier secret avant de remettre le cap vers le sud, seule échappatoire quand on se déplace en voiture : c’est sur cette péninsule que se situe le vrai cap Nord.