La Bergensbanen, l’incontournable

La ligne de train entre Oslo et Bergen, appelée plus communément la Bergensbanen, est indéniablement l’une des plus célèbres de Norvège. Souvent présenté comme l’un des plus beaux voyages en train d’Europe, cet itinéraire ferroviaire époustouflant n’a en tout cas pas volé sa bonne réputation.

Oslo, attention au départ

En été, notamment au courant du mois de juin, il est très intéressant de voyager de nuit afin de profiter des jours interminables du nord de l’Europe. Même si le soleil se couche toujours quelques minutes à cette latitude, il ne fait jamais vraiment sombre et les couleurs dans le ciel demeurent souvent fantastiques. Pour ma part, je quitte Oslo un peu avant minuit. Les lumières de la ville accompagnent le train à la sortie de la gare. Direction l’ouest du pays, les fjords et l’océan !

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Il est 23 heures à Oslo © Léon Fuchs

Par la fenêtre, des images toutes plus incroyables les unes que les autres défilent sans cesse. Très vite, je me retrouve au beau milieu de la campagne norvégienne. Le sentiment de bien-être se décuple au fil des kilomètres. Les champs, les forêts, les lacs, les maisons en bois colorées, les vaches, les moutons, tout semble bien plus simple, plus vrai, plus authentique, et on aurait presque envie de quitter le train pour aller humer l’air frais qui doit certainement régner dans les environs.

La frénésie de la capitale est désormais derrière nous et le silence de la nature reprend le dessus. L’herbe virevolte, la brume s’installe au-dessus de l’eau, tout est à sa place. Qu’il doit être apaisant de vivre dans un tel cadre, se disent certainement les citadins de passage. Pour ma part, silencieux, probablement rêveur, je me régale et essaye de faire de mon mieux pour en prendre plein la vue. Le temps file et les kilomètres avec. Il est impossible de se lasser. Il est improbable de ne pas aimer. Il est interdit de ne pas se régaler.

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Une maison en bois rouge, classique ! © Léon Fuchs

De la banlieue aux paysages nordiques

À l’approche du plateau du Hardangervidda, le spectacle proposé par le conducteur gagne encore en intensité : je ne pensais pas que cela était toutefois possible ! Le train prend de la hauteur, dépasse les 1 000 mètres d’altitude et offre des panoramas intenses, merveilleux, captivants. La température descend significativement, l’agriculture disparaît petit à petit et les grands espaces prennent le relais. La neige éternelle, le ciel rosâtre, le soleil levant, la lune qui ne souhaite toujours pas aller se coucher, ce mélange surprenant paraît irréel, féerique, certainement beaucoup trop beau pour être vrai.

Les contrastes cohabitent avec brio et il est difficile de ne pas être conquis. Dans mon confortable siège, je suis scotché, ébloui et bouche-bée. Les heures passent et je ne dors toujours pas. Je ne veux pas dormir, je ne peux pas dormir. Ce qu’il se passe dehors est bien trop important et je m’en voudrais certainement toute ma vie (et peut-être bien plus encore) de rater quelque chose d’aussi fort, prenant, émouvant. Vivre ce rêve éveillé est probablement plus intéressant que de rejoindre les bras de Morphée.

En plus, les torrents, les rivières, les cascades et les falaises environnantes ajoutent à leur tour un petit plus à ce bel instant presque solennel. L’eau est par endroit bleue turquoise, semble quasiment glaciale et se rapproche de la couleur de l’iceberg. Suis-je vraiment au sud de la Norvège ? Trahi par mon imaginaire et ma naïveté, j’ai parfois l’impression d’être au beau milieu du Groenland et suis à deux doigts de sortir mon GPS pour vérifier et en avoir le cœur net.

Le train, lui, ralentit, s’arrête, repart. Il prend son temps mais ne doute pas. Il sait où il va et ne tergiverse pas. Sûr de ses convictions, il propose même un hymne à la lenteur et ne souhaite pas brûler les étapes. Ce n’est pas dans l’esprit de cette forme de transport que d’aller trop vite et l’important est ailleurs. Terre à terre, doux, flexible, il se met ensuite à slalomer, serpenter et peut-être même danser, qui sait ? Il épouse l’environnement comme personne d’autre et glisse sans faire de vagues en direction de sa prochaine destination.

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Couleurs et effet miroir © Léon Fuchs
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Neige, eau et reflet © Léon Fuchs

Bergen, terminus du rain

Au petit matin, l’altitude est à nouveau plus basse et nous nous rapprochons des centres urbains. J’ai pour ma part tenu toute la nuit, je n’ai rien raté. Pas une miette. Mission réussie. Je relâche légèrement la pression mais une dernière question me turlupine toujours et encore à chaque fois que le train entre dans l’un des derniers tunnels : Comment sera le paysage à la sortie ? Vais-je l’apprécier ? Sera-t-il à la hauteur de mes espérances ? Plus vert ? Plus sauvage ? Plus abrupt ?

Le suspense demeure entier. Au fil des délices, passer une partie de son temps sous terre dans la pénombre est bien entendu frustrant quand on sait ce qui peut se dérouler tout autour : les attentes se font de plus en plus grandes et l’impatience est de mise. Heureusement, avant comme après les tunnels, les déceptions sont très peu courantes dans ce passionnant pays qu’est la Norvège. Me voilà rassuré, le prochain tunnel n’a qu’à bien se tenir !

En savoir plus sur la ligne Oslo-Bergen
Le voyage dure 7 h environ et passe par le haut-plateau de Hardangervidda, le toit de la Norvège. Dans le train, les meilleures vues sont côté sud (à gauche dans le sens Oslo-Bergen).
© photo principale : Léon Fuchs © photos article : Léon Fuchs